Nous avons parfois l’impression de connaître parfaitement notre fonctionnement : nous réfléchissons, prenons des décisions, faisons des choix et essayons consciemment de modifier certains comportements.
Pourtant, une grande partie de notre activité mentale se déroule sans que nous ayons besoin d’y penser consciemment.
Respirer, reconnaître instantanément un visage, conduire sur un trajet familier, associer une odeur à un souvenir, ressentir une émotion avant même d’avoir compris ce qui nous touche…
Notre cerveau traite en permanence une quantité considérable d’informations en dehors de notre attention consciente.
C’est notamment sur ces processus que l’hypnose propose de travailler.
Qu’appelle-t-on « l’inconscient » en hypnose ?
Le terme inconscient peut parfois prêter à confusion.
Dans le langage de l’hypnose, il ne désigne pas nécessairement une partie mystérieuse de nous-même qui saurait tout et pourrait tout résoudre.
On peut l’utiliser plus simplement pour désigner l’ensemble des processus mentaux qui fonctionnent sans intervention consciente permanente.
Prenons un exemple.
Lorsque vous avez appris à conduire, chaque geste nécessitait votre attention :
Embrayer… regarder le rétroviseur… changer de vitesse… vérifier la route…
Quelques années plus tard, une grande partie de ces gestes est devenue automatique.
Vous n’avez pas perdu cet apprentissage.
Au contraire : votre cerveau l’a automatisé.
C’est l’un des exemples les plus simples de ces ressources auxquelles nous faisons appel quotidiennement sans en avoir pleinement conscience.
Notre cerveau apprend… puis automatise
Nous accumulons tout au long de notre vie des expériences, des apprentissages et des stratégies d’adaptation.
Certaines sont conscientes.
D’autres deviennent progressivement automatiques.
Imaginez un instant tout ce que vous avez appris depuis votre naissance :
Marcher, parler, reconnaître les émotions sur un visage, anticiper certaines situations, vous protéger, vous adapter à votre environnement, résoudre des problèmes…
Nous ne réfléchissons heureusement pas à chacun de ces mécanismes en permanence.
Notre cerveau s’appuie sur ce qu’il a déjà appris.
C’est là une idée essentielle en hypnose :
Nous disposons parfois de compétences ou de capacités que nous n’arrivons simplement pas à mobiliser volontairement au moment où nous en aurions besoin.
L’objectif de l’hypnose peut alors être de faciliter l’accès à d’autres façons de percevoir, de ressentir ou de réagir.
Pourquoi n’arrive-t-on pas toujours à changer par la volonté ?
C’est une situation très fréquente.
« Je sais ce que je devrais faire… mais je n’y arrive pas. »
Nous pouvons parfaitement comprendre intellectuellement qu’un comportement ne nous convient plus sans parvenir immédiatement à le modifier.
Pourquoi ?
Parce que comprendre quelque chose consciemment ne suffit pas toujours à modifier les automatismes qui se sont construits au fil du temps.
Prenons une personne qui ressent une forte appréhension dans certaines situations.
Elle peut parfaitement se répéter :
« Il n’y a aucune raison d’avoir peur. »
Son raisonnement est peut-être parfaitement juste.
Et pourtant, son cœur accélère, sa respiration change et son corps se met en état d’alerte.
Le corps a réagi avant que le raisonnement conscient puisse véritablement intervenir.
L’hypnose devient alors intéressante parce qu’elle ne cherche pas seulement à argumenter avec la partie rationnelle de la personne.
Elle propose de travailler également avec l’imagination, les sensations, l’attention et certains automatismes.
L’état hypnotique : que se passe-t-il réellement ?
Contrairement aux représentations parfois véhiculées par les spectacles ou le cinéma, être hypnotisé ne signifie pas perdre connaissance ou abandonner tout contrôle.
L’hypnose correspond plutôt à une modification de l’attention et de l'expérience subjective.
Nous connaissons d’ailleurs spontanément des états qui peuvent présenter certaines ressemblances avec cette absorption attentionnelle.
Vous êtes plongé dans un roman et ne voyez pas le temps passer.
Vous conduisez sur une route familière et réalisez soudain que plusieurs kilomètres viennent de défiler.
Vous regardez un film et ressentez une véritable émotion alors que vous savez parfaitement que l’histoire est fictive.
Votre attention s’est simplement organisée différemment.
En séance, l'hypnose utilise volontairement certains phénomènes d'attention, d'absorption et d'imagination afin de favoriser une expérience différente.
Mais quelles sont ces fameuses « ressources » ?
En hypnose, lorsque nous parlons de ressources, il ne s'agit pas forcément de capacités extraordinaires cachées quelque part dans notre cerveau.
Une ressource peut être quelque chose de très simple.
Un souvenir de réussite.
Une sensation de calme déjà expérimentée.
Une capacité à prendre de la distance.
Une stratégie qui a fonctionné dans une autre situation.
Une compétence oubliée ou insuffisamment mobilisée.
Une façon différente d'interpréter une situation.
La capacité à imaginer une autre réponse possible.
La personne possède donc souvent déjà une partie des éléments qui pourront contribuer au changement.
Le travail consiste parfois à les retrouver, à les réorganiser ou à apprendre à les mobiliser dans un nouveau contexte.
Un exemple : retrouver une sensation de confiance
Imaginez une personne persuadée de « manquer totalement de confiance ».
Si on lui demande :
« Avez-vous déjà été confiante dans votre vie ? »
Elle répondra peut-être spontanément :
« Non. »
Pourtant, en explorant son expérience, elle se souviendra peut-être d'une situation dans laquelle elle a défendu une personne, appris quelque chose de difficile, élevé ses enfants, traversé une épreuve ou pris une décision importante.
La confiance n'est donc peut-être pas totalement absente.
Elle est simplement plus facilement accessible dans certains contextes que dans d'autres.
Le travail hypnotique peut notamment utiliser ces expériences afin d'explorer comment certaines sensations ou stratégies pourraient être mobilisées différemment.
L'imagination : une ressource particulièrement intéressante
L'imagination joue un rôle important dans de nombreuses approches hypnotiques.
Et imaginer n'est pas simplement « rêver ».
Lorsque nous anticipons une conversation difficile, nous pouvons ressentir une véritable tension alors que la conversation n'a pas encore eu lieu.
À l'inverse, penser à un endroit agréable peut parfois modifier légèrement notre respiration ou notre état émotionnel.
Notre représentation mentale d'une situation peut donc influencer notre expérience présente.
L'hypnose utilise cette capacité afin de permettre à la personne d'explorer mentalement de nouvelles possibilités.
Elle peut imaginer une situation différemment, expérimenter une autre réaction ou se représenter en train d'utiliser une ressource qu'elle souhaite développer.
L'inconscient n'est pas un magicien
Cette précision me semble essentielle.
On entend parfois :
« Votre inconscient connaît toutes les réponses. »
Ou encore :
« L'inconscient peut tout guérir. »
Ces affirmations vont beaucoup trop loin.
Notre fonctionnement psychologique est complexe et l'hypnose n'est ni magique ni toute-puissante.
Elle ne remplace pas un diagnostic médical, un traitement ou une prise en charge psychologique ou psychiatrique lorsqu'ils sont nécessaires.
En revanche, l'hypnose peut constituer un outil permettant de travailler différemment avec l'attention, l'imagination, les sensations et certains apprentissages ou automatismes.
Cette vision est peut-être moins spectaculaire.
Mais elle est aussi beaucoup plus respectueuse de la personne.
En hypnose, le thérapeute ne possède pas les réponses à votre place
C'est probablement l'une des plus belles dimensions de l'accompagnement hypnotique.
Le praticien n'est pas là pour « prendre le contrôle » de votre inconscient.
Il ne pénètre pas dans votre cerveau et ne décide pas à votre place.
Son rôle consiste plutôt à créer un contexte permettant d'explorer autrement votre expérience.
Vous restez l'acteur ou l'actrice du processus.
Le thérapeute peut guider.
Proposer.
Questionner.
Suggérer.
Mais les sensations, les images, les souvenirs, les associations et les changements appartiennent à la personne accompagnée.
Et si la ressource était déjà là ?
Nous cherchons parfois très loin ce dont nous avons besoin.
Pourtant, au cours d'une vie, nous avons déjà appris à nous adapter des milliers de fois.
Nous sommes tombés et nous nous sommes relevés.
Nous avons appris.
Modifié certaines habitudes.
Traversé des changements.
Trouvé des solutions auxquelles nous n'avions pas pensé immédiatement.
L'hypnose ne consiste donc pas nécessairement à ajouter quelque chose qui manquerait.
Elle peut parfois permettre de porter son attention autrement sur ce qui existe déjà, de découvrir de nouvelles associations et d'expérimenter d'autres réponses.
Et c'est peut-être finalement une bonne manière de comprendre ce que les praticiens appellent les « ressources de l'inconscient ».
Non pas un pouvoir mystérieux caché au plus profond de nous.
Mais l'immense ensemble de nos apprentissages, automatismes, expériences, souvenirs, sensations et capacités d'adaptation qui ne sont pas constamment présents à notre conscience.
L'hypnose nous offre simplement une autre façon de les explorer.
À retenir
L'inconscient n'est pas une boîte magique contenant toutes les réponses.
Il est plus juste de parler de nombreux processus qui fonctionnent en dehors de notre attention consciente.
L'hypnose utilise notamment l'attention, l'imagination, les sensations et les apprentissages afin d'explorer de nouvelles possibilités.
Et parfois, le changement commence simplement lorsque nous découvrons que nous possédions déjà certaines ressources… sans savoir comment les mobiliser.